
Cette semaine c'est Jeanne qui nous propose une gravure. Qu'évoque t-elle ? Une histoire que l'on m'a racontée
Georgette est née avec le vingtième siècle. A cette époque, même si l’école était obligatoire il y avait des manquements à la loi. Pourtant Georgette adorait l’école et chaque fois qu’elle s’y rendait elle travaillait avec ardeur. La maîtresse l’aidait de son mieux. Elle adorait les livres et ne perdait jamais une occasion de lire. Las, les petites filles étaient souvent sacrifiées pour s’occuper des frères et sœurs ou pour aider la mère. Et pour aider la pauvre Georgette n’était jamais en reste. Faire le ménage dans les maisons bourgeoises comme on disait dans les temps anciens. Les femmes de ménages venaient le matin de bonne heure pour aider les servantes commensales. Entre serpillière et balai, chiffon à poussière et seau d’eau, Georgette se dépêchait : plus vite le travail serait fait, plus vite elle partirait pour l’école. Les temps ont bien changé.
Un lundi matin en arrivant, elle apprit par hasard que la petite bonne à peine plus âgée qu’elle avait été renvoyée. On chuchotait des mots dans les couloirs ; renvoyée, faute, malfaisante, elle s’est fait biquée, enceinte, un polichinelle dans le tiroir. On riait sous cape de la mésaventure, on se gaussait à petits rires étouffés Georgette ne comprit que le mot « renvoyée » et elle eut un pincement au cœur car elle aimait bien Marinette. Personne à part la lingère ne prit la défense de cette petite. Georgette dut remplacer Marinette ce qui s'ajouta à son travail quotidien. Elle pénétra pour la première fois dans la grande bibliothèque. L’odeur de papier ancien, de parchemin, de vélin, de cuir et d’encre flottait dans l’air ; l’encre comme à l’école. Elle n’avait jamais vu autant d’ouvrages avec des dosserets dorés à l'or fin. Elle ignorait que cela pût exister. Elle dut s’asseoir… Elle avait le tournis. Elle se laissa choir près d’une petite table.
C’est alors qu’elle aperçut un livre ouvert. C’était plutôt une sorte d’album. Une gravure de mode, un dessin à la plume, montrait un enfant, apparemment un garçon, qui jouait au sol avec une robe. Elle n’avait jamais vu de petit garçon en robe… Cela ne se faisait que dans la « belle société ». Mais elle fut surtout attirée par la poupée. D’abord parce qu’elle n’en avait pas ; en fait de poupée elle jouait en cachette avec les petits chats : il y en avait tant autour de l’immeuble, ensuite parce que la robe à volants était magnifique. Elle se souvint, alors que la maîtresse avait un jour expliqué que les poupées autrefois n'étaient pas des jouets mais des mannequins pour exposer les modèles que créaient les couturières. Georgette tourna les pages à la recherche d’autres modèles, d’autres mannequins.
Georgette se mit à rêver. Coudre, elle savait mais bien coudre, couper et créer elle ne savait pas. Elle eut envie de toucher tous ces tissus doux, soyeux, chatoyants colorés. Elle eut envie de voir de vraies dentelles. Elle repensa à quelques pages d’un roman d’Emile Zola : « Au bonheur des dames » que lui avait prêté sa maîtresse. Certes l’histoire de Denise ne serait pas la sienne mais elle se promit de tout mettre en œuvre pour convaincre sa mère de la apprendre le métier de couturière.
Ce ne fut pas facile, mais aidée par la lingère de la maison, une couturière l’accepta en apprentissage. Elle eut aussi le bonheur de retrouver Marinette. Elles devinrent amies et unirent leur compétences pour fonder ensemble une petite maison de couture.
Lilou
dimanche 13 mai 2012