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Pas possible pas possible pas possible
J’ai le cerveau tout embarbouillé d’élucubrations
Qui ne font pas de vibrations,
seulement des têtes à queue
Pour m’embabouiner, me faire chanter à tue tête
Comme une linotte et caracoler en tête !
Au fait, je me souviens, j’ai perdu la tête
Pas possible pas possible pas possible
Nom d’une tête de pipe
Quel casse-tête !
Un matin de printemps, un jeune ours se réveilla de son sommeil hivernal. C’était un grand ours, si grand, si fort, si puissant que tout le monde avait peur de lui. Ses amis s’étaient peu à peu éloignés de lui ; sa maladresse légendaire le rendait plus dangereux que sa force. On racontait même qu’un magnifique élan avait été perdu une corne au cours d’ une partie de colin-maillard et qu’il avait failli écraser le lièvre et même la tortue. Depuis, il vivait seul, retiré dans une grotte dont il sortait dès que les premiers rayons du soleil réchauffaient la forêt.
Chaque printemps, il sortait le museau et d’un coup d’œil observait prudemment les alentours de la grotte. Quelque chose aurait-il changé ? Souvent il était déçu, mais ce jour-là une petite tache blanche, abandonnée sur la mousse naissante, attira son attention. Il s’approcha, flaira, retourna d’un coup de patte cet objet. Il reconnut une feuille de papier ; enfin un morceau de papier couvert de petits signes noirs comme les pattes d’une abeille. Il emporta sa découverte dans sa caverne.
La mémoire lui revint peu à peu. Il avait déjà vu ces signes. Il parvint tout doucement à les assembler ; ils devinrent des lettres puis des syllabes. Il déchiffra bientôt des mots puis un texte. C’était le fragment d’une lettre. Quelque inconnu avait donné un rendez-vous. Son trésor rangé au fond de son antre, il sorti heureux en quête de nourriture.
D’abord, il renifla l’air, inquiet, puis il s’approcha à couvert. Sa haute taille lui permit d’apercevoir une cabane en bois. La porte était grande ouverte et assise devant, dans un fauteuil en toile rouge, une femme ; une frêle et jolie femme brune. Elle lisait. Elle lisait un livre à la couverture verte et dorée ;
L’ours retint son souffle. La jeune femme leva les yeux mais ne le vit pas ; elle reprit sa lecture paisiblement. Il revint le lendemain, puis le surlendemain, puis…
Tous les jours, s’approchant un peu plus, elle finit par percevoir sa présence et l’accepta. Maintenant, couché près d’elle, il se laissait bercer par la douceur de sa voix. C’était comme la dégustation de miel. Il s’enhardit à lire lui-même des passages de roman ou des nouvelles et elle l’écoutait en souriant.
L’été puis l’automne succédèrent à ce printemps magique dans cette tendresse mutuelle teintée d’un sentiment amoureux. Il était prêt à laisser sa solitude sur le bord de sa route et à rester près d’elle et toujours.
Il écrivit alors une lettre à la jeune femme brune. Lui qui avait banni tout crayon depuis tant années !
Il se rendit à la cabane. Une sensation bizarre le saisit à l’approche de la maison et plus il s’approchait et plus l’inquiétude grandissait. Elle lui coupa le souffle quand il vit la porte fermée et les volets clos. Plus de fauteuil rouge, aucun signe de vie, aucune trace de la jeune femme brune. Elle avait disparu.
Le cœur lourd, très lourd, il tourna les talons quand il aperçut sur la pierre à l’entrée de la maison, un livre vert et doré ; le premier qu’ils avaient lu ensemble. Il le prit et en échange, il déposa sa lettre qui s’envola au vent.
Rentré dans sa caverne, il se roula en boule dans un coin sombre en serrant le livre entre ses pattes. Il finit par s’endormir.
C’était il y a plusieurs dizaines d’années. Invariablement à chaque nouveau printemps, à son réveil, il sortait de sa grotte, regardait le plus petit morceau de papier qui traînait mais jamais plus il n’ouvrit un livre.
Lilou
dimanche 17 février 2013
Voici les liens des participants : ABC ; Ghislaine ; Nouvelle Plume ; Josette
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